jeudi 20 février 2014

Quién no vio Sevilla, no vio maravilla

Deuxième jour aussi riche en découvertes et sensations que le premier:
- Tout est affaire d'organisation, comme nous voyageons de ville en ville, impossible de nous poser vraiment à l'hôtel et de prendre un peu le temps de vivre le matin. Nos horaires tiennent parfois de la caserne! Les bagages chargés dans le coffre du bus, nous voilà partis pour le centre, direction l'Alcázar.



- Nous avons une heure devant nous pour l'exposé de Baptiste et Esther sur Al-Idrissi, célèbre géographe andalou. Passionnant de voir ses cartes où notre Nord est son Sud et où l'Océan est "ténébreux". M. Darier encourage ses étudiants qui ont travaillé sous sa direction à parler plus fort, moins vite car il y a tant à noter.
- C'est au professeur cette fois-ci de nous donner matière à mieux comprendre ce que nous verrons lors de notre visite de l'Alcázar: comprendre que ces palais-forteresses sont aux antipodes des châteaux-forts occidentaux, comprendre ce qu'est l'art mudéjar, art de contact de d'échange, mieux cerner les personnalités et les politiques d'Alphonse XI ou de Pierre le Cruel/ Le Justicier.



- La visite de l'édifice et des jardins commence à 10H: les lieux étant aussi résidence officielle des souverains actuels, les consignes sont très strictes à l'entrée. Notre groupe découvre d'abord les jardins, cet art de vivre exceptionnel, regrette de ne pas avoir accès au labyrinthe de verdure... puis l'intérieur de l'édifice et notamment la salle des ambassadeurs d'Alphonse XI (mentionnée dans le Burlador de Tirso de Molina que les hispanisants de LS1 et LS2 étudient avec moi) , la partie érigée sous Pierre I, la zone correspondant à la Casa de Contratación... les époques se mêlent, pas si facile de se repérer dans la chronologie parfois. Le groupe commence à apprendre à lire les façades, à déchiffrer devises et blasons. On retrouve facilement les armes de la Castille, d'Aragon, du Léon... déjà visibles à la Cathédrale et l'on découvre le blason de la Orden de la Banda créée par.... Alphonse XI pour sa suite composée de chevaliers désargentés.



- Le temps libre est l'occasion de paresser sur une placette pour y écouter un guitariste ou de découvrir le quartier de Santa Cruz avec un document d'accompagnement prévu dans le livret de voyage. Malika, Sabrina, Julia, Théo, Laurie et Salomé ont fait presque tout le tour prévu.



- L'après-midi, changement de maître de cérémonie, c'est M. Müller qui nous entraîne sur les traces d'un personnage littéraire que les Français connaissent bien, la Carmencita: promenade entraînante qui nous conduit des arènes de la Maestranza à la Torre del Oro et de la fabrique de tabac à l'église Santa Ana de Triana, réputée pour sa trinité "décalée" composée d'Anne, de Marie et de l'enfant Jésus, une trinité qui n’était pas vraiment du goût des autorités ecclésiastiques d'autant plus qu'Anne n'apparaît pas dans le Nouveau Testament. M. Müller navigue le long du Guadalquivir, "sous les remparts de Séville", entre Mérimée et Bizet et cherche à dresser le portrait le plus précis possible de la gitane. Le texte de la nouvelle et de l'opéra est lu ou commenté et l'analyse insiste sur les détails physiques, sur la psychologie, sur le comportement du personnage: diabolique, dangereuse, fascinante, animale, la Carmencita est la perdition des hommes, la victime des préjugés d'une société profondément machiste.



- Vite, vite, nous sommes en retard, impossible d'aller jusqu'au Cristo del Cachorro pour y voir cette sculpture faite à partir du visage mort d'un gitan poignardé. Teo nous attend pour nous conduire à Cordoue. En route, de la musique: Isaac Albéniz et son évocation de Triana que nous venons de quitter, une composition alerte et complexe où les notes bondissent mais aussi se teintent parfois de mélancolie. Et puis une sélection de compositions instrumentales ou vocales du temps de Charles Quint. L'occasion pour moi d'évoquer l'épouse de ce dernier, la très belle et très cultivée Isabelle de Portugal.
- Arrivée au crépuscule à Cordoue, nous longeons le Guadalquivir alors que les réverbères s'allument peu à peu, nous traînons nos valises dans le centre historique interdit aux voitures. Une tout autre ambiance, Cordoue est un mouchoir de poche mais qui enferme un trésor.
- Découverte de notre hôtel bien différent du modèle standard de celui de Séville. Ici il s'agit une petit hôtel de famille construit autour d'un patio sur lequel donnent nos chambres. Nous sommes comme à la maison. Dans un coin, el rincón sefardí, cet hôtel est inscrit comme étape possible sur la route de l'Espagne séfarade.
- Un dîner cordouan avec pisto et aubergines au miel, beaucoup de questions de Teo sur nos jeunes, sur les études qu'ils font, sur les rapports que nous entretenons avec nos étudiants: "Mira Elisabeth, yo te puedo decir que esos jóvenes están muy muy bien educados."
- Puis la promenade nocturne dans la Ville basse, sous une pluie fine qui n'entame pas notre bonne humeur ni l'entrain de notre guide, M. Darier, qui non seulement lit le plan mais aussi nous régale de commentaires sur les places et rues que nous empruntons. Un arrêt de rigueur devant le Cristo de los Faroles et la Plaza del Potro où Cervantes aurait séjourné et qui serait mentionné dans son roman phare (conditionnel de rigueur car si le personnage du Grand Capitaine est en effet cité dans l'un des chapitres de la Partie I - soit dit en passant, Gonzalo Fernández de Córdoba était de Montilla! - rien ne dit que l'auberge dans laquelle séjournent les personnages est celle du Potro.



- Enfin, un moment convivial dans le lieu le plus branché de la ville, le Sojo Bar Fusión: terrasse sur les toits de cet édifice ultra moderne, vue splendide sur le pont romain et la Torre de la Calahorra, mojitos en plein air alors que nous sommes en février et puis une scène surréaliste dans la rue, à nos pieds: un groupe s'entraîne pour les processions du printemps avec un char dont la plateforme n'accueille qu'un vague pantin. Les soirées sont un moment essentiel pour décompresser et mieux se connaître. Des petits groupes amicaux se forment, nos Minis Clos sont déjà parfaitement intégrées.

mercredi 19 février 2014

Déjà une semaine

Nous avons tous pu ressentir comme le temps filait au cours de cette semaine... comme il fallait saisir tous les instants malgré la fatigue et la densité du contenu. Je me propose de revenir sur les "bons moments" en étant consciente que mon choix ne sera pas forcément les vôtres. A vous de commenter!

Mercredi 12 février (5H-23H30): 

- Rien n'est jamais parfait: un SMS m'apprend la veille au soir que Vincent est au fond de son lit avec 40° de fièvre, une angine l'empêche de partir avec nous.
- Opération escargot, accident sur l'A13... difficile d'être à l'heure mais finalement tout le monde est enregistré, direction notre avion, quelques turbulences au-dessus des Pyrénées.
- Teo nous attend à l'aéroport, notre chauffeur, notre ami qui va nous conduire tout au long de ses cinq jours. Un abrazo chaleureux, beaucoup de classe et de professionnalisme. Teo dialoguera avec beaucoup de gentillesse avec nos élèves et étudiants qui veulent parler espagnol, il sera aussi très curieux du contenu de notre séjour et très impressionné de l'attitude du groupe.



- Nous commençons notre programme à 14H30, devant la cathédrale de Séville: exposé de M. Darier, un début en fanfare, il va falloir être très concentrés car nous parcourons des siècles d'histoire, les dates s'accumulent, le lexique spécifique aussi.





- Découverte de la Giralda et du Girardillo.



- Visite de la cathédrale par groupes interfilières avec questionnaire à remplir: les collègues observent les groupes, donnent un coup de main, écoutent et échangent. Manque de chance, la capilla real est fermée, pas de tombeau de Fernando III, pas de Virgen de los Reyes. Par contre, tout le monde a bien repéré la cape de Charles Quint (première énigme du voyage), la Vision de Saint-Antoine de Murillo et le monument à Colomb (grandes discussions sur les chauves-souris): beaucoup découvrent ce qu'est un chœur, une chapelle, une sacristie...



- Un premier exposé dans le Patio de los Naranjos sur Isidore de Séville que Camille et Clémentine ont repéré sur un portrait accroché dans la sacristie... et une mise au point lexicale: le groupe a bien assimilé les différents types d'arcs et semble adorer le mot "custode"!



- On enchaîne sur la visite du Museo del Baile Flamenco et c'est le premier coup de cœur: accueil adorable du directeur qui revient sur les origines multiples de cet art, visite de l'expo par une guide entraînante, et puis la magie du spectacle dans la patio: une heure d'"alegría", de "bulería" et autres danses flamencas, du chant et de la guitare, deux danseurs de très haut niveau. Magique, le groupe est aux anges en sortant. Les premiers "merci madame" dits avec le cœur se font entendre. Je suis ravie de ce choix, nous aurions été déçus par le flamenco offert aux touristes dans les cabarets sélectionnés dans les guides, ici les étudiants ont pu entendre et voir la tradition mais aussi le souci d'ancrer le flamenco dans la modernité.



- Direction notre hôtel, un peu excentré mais de qualité: personne ne se fera prier pour aller dormir.
Avant tout de même, deux très bons exposés: l'un sur Séville et l'Autonomie andalouse par Adama et l'autre sur la crise économique en Andalousie par Fiona et Tatiana. VOIR PAGES EXPOSES.
Quelques mots échangés au salon avant de se séparer pour une nuit réparatrice.

dimanche 9 février 2014

Construire c'est déconstruire...




Nous découvrirons vite qu'en Andalousie les églises ont été jadis des mosquées ou des synagogues et que ces mêmes mosquées étaient elles-mêmes le plus souvent soit des églises wisigothes soit des édifices romains. 
La conquête puis la reconquête supposait la réorganisation des espaces religieux, notamment.
Lorsque Ferdinand III dit le Saint entre à Cordoue, il consacre immédiatement la Mosquée du Califat à la Vierge Marie mais il ne peut se résoudre à toucher la moindre pierre de ce bâtiment unique au monde. Près de 300 ans plus tard, dans une Espagne dominée par la peur de l'Inquisition, le chapitre de la Cathédrale obtient la droit, malgré la mobilisation des notables cordouans, d'édifier au centre même de la forêt de colonnes... une basilique chrétienne de style Renaissance.
Charles Quint qui avait pourtant donné son accord regrettera profondément sa décision en visitant le chantier. On connaît les paroles célèbres:
"Vous avez détruit ce qui était unique au monde et vous y avez mis ce qui se voit partout dans le monde."... "Habéis destruido lo que era único en el mundo y habéis puesto en su lugar lo que se puede ver en todas partes."



Qui sera capable de citer ces paroles prononcées en 1526 lorsque M. Darier nous présentera la "mezquita-catedral"?



Nous entrons dans le pays des songes ...


"Nous entrons dans le pays des songes […] il ne fait pas beau à Grenade de la même façon qu’ailleurs. Là, le ciel n’est point comme les autres ciels ; il y a une vapeur dans l’air qui tamise les couleurs et qui adoucit le ton des horizons, à tel point que l’œil semble se reposer sur des océans de velours …"
Une petite citation d'Alexandre Dumas qui s'est bien amusé lors de son voyage en Espagne...
http://www.prepamantes.fr/

samedi 8 février 2014

Rinconete y Cortadillo, deux sacripants à Séville

Tout le monde connaît Cervantès (1547-1616) et sait qu'il est l'auteur du Quichotte, oeuvre à ce point familière (même pour celui qui ne l'a jamais lue) que la coutume est de l'appeler... Le Quichotte au lieu de ce titre à rallonge qui indiquait sur-le-champ l'intention parodique d'un auteur bien décidé à promouvoir une littérature de bon ton, divertissante mais vraisemblable, facétieuse mais intelligente. Cervantès avait dans l'idée à la fois de parodier des romans de chevalerie très en vogue en Europe et particulièrement en Espagne mais aussi de livrer une réflexion sur le roman qui n'en était qu'à ses balbutiements, une "théorie" très proche des idées des moralistes espagnols de la Renaissance comme les frères Alfonso et Juan de Valdés, humanistes espagnols influencés par Erasme.
Car Le Quichotte est cela: un formidable roman en prise avec la réalité ultra contemporaine des lecteurs du XVIIème siècle, ce "miroir que Cervantès va promener le long des chemins" de Castille, d'Aragon ou de Catalogne, une oeuvre qui faisait se tordre de rire les paysans réunis autour d'un bon feu mais aussi les lecteurs érudits des nobles demeures tout en étant un état des propositions de l'auteur en matière d'écriture: quels rapports entre réalité et imagination, quel langage pour quels personnages ou quelles situations, quel point de vue narratif...

Le premier tome, paru en 1605, est un énorme succès et l'on sait les conséquences de cet engouement pour le personnage du chevalier "à la triste figure"... la publication d'un ouvrage apocryphe d'un certain Avellaneda qui, en 1613, prétend lancer DQ dans de nouvelles aventures, sans l'autorisation de son créateur qui réagira bien vite en publiant un second tome en 1615 dans lequel il réglera ses comptes à l'auteur du plagiat tout en exploitant cet épisode de façon très judicieuse dans son oeuvre même.

Entre 1605 et 1615, Cervantès ne reste pas inactif, il publie en 1613 un recueil de "nouvelles exemplaires", devenant ainsi le premier auteur espagnol à s'intéresser de très près à ce genre bien connu en Italie, celui du récit court. On sait la postérité du genre bref à la fois en Espagne mais surtout en Amérique Latine. Des nouvelles il y en a au sein même du premier tome du Quichotte. Les personnages lisent beaucoup eux-mêmes, on s'arrête de temps à autre dans une auberge et on lit des nouvelles trouvées au hasard dans des coffres des auberges, comme celle du "curieux impertinent". N'oublions pas que beaucoup reprocheront à Cervantès d'avoir intercalé des récits qui du même coup ralentissaient l'action principale, sans voir assez que le projet de ce dernier était de créer une oeuvre totale, capable de faire entendre des voix différentes, des registres différents, des actions différentes mais ayant tous comme point commun l'éloge de la mesure et la raison. Avec cette réaction de romancier moderne, à l'écoute de son public, le choix de ne plus rien intercaler dans le second tome.
Dans le premier tome du Quichotte, il est donc question d'une nouvelle intitulée Rinconete y Cortadillo, qui ne sera pas lue mais juste mentionnée par un des personnages qui prétend d'ailleurs fort bien connaître son auteur, un certain Miguel de Cervantès. L’auto-citation est toujours un grand plaisir pour des auteurs en mal de reconnaissance comme Cervantès qui aura connu un temps la prison et se trouvera aussi au centre d'une polémique qui le fait affronter son ancien ami et dramaturge génial, Lope de Vega.


Ces douze Nouvelles exemplaires, qui sont autant de formules narratives, sont encore l'occasion de nous montrer la société espagnole dans sa globalité: sa noblesse au comportement plus ou moins noble, ses pauvres gens qui savent rester dignes dans l'adversité, ses gitans parfois voleurs, parfois aux origines aristocratiques, ses chiens savants et ces gueux bien sûr. Car la société baroque espagnole est faite de nobles titrés, de "grands" mais aussi de ces rebuts de l'humanité que sont les voleurs, les mendiants, vrais ou faux, les étudiants pauvres, les escrocs en tout genre qui pullulent dans les grandes villes et notamment à Madrid ou Séville.
L'Espagne est une terre qui fabrique volontiers des mythes littéraires: la Célestine, Don Juan et le "pícaro" par exemple. C'est à l'Espagne que l'on doit le roman picaresque, ce genre qui ne pouvait que naître dans un pays qui met en place au XVème siècle l'Inquisition et les statuts de pureté du sang, dans un pays où le travail est considéré comme une indignité, où il convient d'accumuler terres et titres. Le gueux du roman picaresque qui a comme particularité de prétendre être une autobiographie, est un être immonde, à la généalogie douteuse, dont les aventures ne visent qu'à prouver que la société doit bien se garder d'intégrer ou de veiller à éduquer ces individus relégués définitivement dans un infra-monde. L'auteur baroque qui aura le plus contribué à discréditer le gueux des villes est Francisco de Quevedo, auteur conceptiste à l'écriture flamboyante, aristocrate profondément antisémite et homme de toutes les ruses, représentant de cette société verrouillée et terriblement conservatrice. Son Buscón, qui conte les aventure de Pablos de Segovia, est un véritable feu d'artifice verbal qui pousse à son extrême la "chosification" de l'homme, être abject dévoré par le désir de "medrar" ("gravir les échelons") et de prendre une place qui ne saurait lui revenir.
Avec Cervantès, le picaresque a un tout autre ton: point de poursuite impitoyable du gueux, point de dévalorisation de l'humanité mais un regard toujours tendre sur ses personnages, ici deux jeunes garçons qui voient dans la vie des "pícaros" l'occasion inespérée de vivre libres et au grand air. Et voilà nos deux héros, devenus compagnons de route après une rixe dans une auberge castillane, arrivant à Séville, bien décidés à y faire fortune. Bien grande sera leur désillusion car la Séville cosmopolite et matérialiste du XVIIème siècle est aussi la cité de tous les dangers sur laquelle règne en maître Monipodio, le roi des truands. Séville n'est qu'un mirage pour des jeunes sans possibilité de promotion sociale. Point de salut à Séville où Cervantès sera d'ailleurs emprisonné un temps en 1594: devenu percepteur des impôts, il est accusé d'avoir détourné cet argent qu'il devait versé sur un compte bancaire. Il fréquentera la prison de la Calle Sierpes où Mérimée placera aussi sa Carmen.




vendredi 7 février 2014

Olé, Santa Eva!



Les Saintes de Zurbarán revisitées par la très belle Eva Yerbabuena


http://www.evayerbabuena.com/es/

Peinture espagnole, peinture sévillane au XVIIème siècle


Les peintres espagnols de cette époque sont très marqués par l’influence italienne, et notamment par Le Caravage (du fait de l’intensité de contrastes en clair-obscur, on parlera de « ténébrisme caravagesque »). L’influence hollandaise sera aussi prépondérante, notamment avec Rubens qui s’installe à Madrid à  la cour de Philippe IV.
Parmi les peintres les plus connus de cette époque, intéressons-nous à Velázquez (1599 - 1660), Zurbarán (1598-1664), et Murillo (1617 ou 1618 –1682)

Quels sont leurs liens avec Séville ?

Murillo et Velázquez sont sévillans de naissance,  et Zurbarán y paracheva ses études de peinture et s’y installa. Murillo né à Séville (décembre 1617 ou janvier 1618) et mort à Séville (le 3 avril 1682) est remarquable par sa fidélité à sa ville natale. Moins fidèle, Velázquez, après ses débuts sévillans, partira s’installer à Madrid, comme peintre de la cour de Philippe IV.

Qu’est-ce qui les caractérise ?

Pour ce qui est de Velázquez, nous ne nous intéresserons qu’à sa période sévillane qui correspond à son apprentissage et à ses premières œuvres.  Alors qu'il n'avait que 18 ou 19 ans, il peint des natures mortes ou des scènes du quotidien,  comme La Vieille femme faisant frire des œufs :



Vieille femme faisant frire des œufs, 1618

Dans ces toiles, une forte lumière orientée accentue les volumes et des objets simples paraissent se détacher au premier plan. Velázquez tentait, comme dans certaines des œuvres du Greco, de pratiquer  un clair-obscur personnel.
Une autre scène de genre qui imposa le jeune Velázquez comme un artiste exceptionnel est Le Porteur d'eau de Séville  (vers 1620) :




La clientèle sévillane, majoritairement ecclésiastique, demandait des thèmes religieux, des toiles de dévotion et des portraits, ce qui explique que la production de cette époque se concentrât sur les sujets religieux comme L’Immaculée Conception :



 Immaculée Conception de Diego Velázquez, vers 1618


et son pendant, le Saint Jean à Patmos du couvent des carmélites de Séville :


 Saint Jean à Patmos de Diego Velázquez, vers 1618



Contemporain et ami de Velázquez, Zurbarán se distingue fortement par ses peintures religieuses — où son art révèle un profond mysticisme — et il devient un artiste emblématique de la Contre-Réforme.



 Le martyre de Sérapion


L'élément religieux de l'art espagnol a en effet pris une importance accrue et Philippe IV apporte un soutien appuyé aux artistes qui partagent ses opinions sur la Contre-Réforme et la religion. L'œuvre austère et ascétique de Francisco de Zurbarán illustre cette tendance. Son mysticisme - influencé par Sainte Thérèse d'Avila - finit par devenir une caractéristique de l'art espagnol des dernières générations du Siècle d'or. Influencé par Le Caravage et les maîtres italiens, Zurbarán consacre son travail artistique à la représentation de la religion et de la foi.
Voici un échantillon du mysticisme de Zurbarán dans un portrait de Saint François d'Assise :



  Saint François d'Assise à genoux
               

D'abord très marqué par le Caravage, son style austère et sombre évolue pour se rapprocher des maîtres maniéristes italiens, comme on pourra le percevoir dans le tableau L'Immaculée Conception de 1661 :



Zurbarán se démarquera de  la vision réaliste de Velázquez et, d'une certaine façon, se tournera plutôt, pour l'inspiration et la technique, vers la vision émotive du Greco et des peintres maniéristes qui le précédent, même s'il reste dans le sillage de Velázquez en ce qui concerne la lumière et les nuances.
Cette évolution vers un certain maniérisme, très sobre et épuré chez Zurbarán, se remarquera aussi chez Murillo, comme l’atteste l’évolution entre les deux tableaux suivants sur un même sujet :



 L'Immaculée Conception par Murillo en 1665-70



 Immaculée Conception par Murillo en 1678

L’essentiel des œuvres de Murillo sont religieuses, comme La Vierge du Rosaire:



Œuvres religieuses qui lui valent un immense succès.


   L’Annonciation par Murillo


Mais Murillo est aussi renommé pour ses peintures de genre, particulièrement des portraits d'enfants pauvres, tel le portrait du « jeune mendiant » :




 Le Jeune Mendiant est souvent appelé "Le Jeune Pouilleux" : il est en train de se débarrasser de puces. C'est la première représentation picturale connue d'enfants des rues. Le peintre a sans doute été inspiré par la misère régnant dans les rues de Séville. Influencé par le courant caravagesque, Murillo insiste sur les détails sordides et peint de forts contrastes d'ombre et de lumière.
 Murillo est un des rares peintres baroques à peindre la pauvreté sans commisération ni pathos,  et à représenter la misère et la pauvreté sous des aspects aimables, dans une perspective chrétienne.






Si l’on voulait, en guise de conclusion, dégager les traits principaux d’une « peinture sévillane » (si tant est qu’une telle catégorie ait un sens !), il nous faudrait remarquer une inspiration qui se partage entre une spiritualité intense (mais dont l’ascétisme sévère tend à s’adoucir quelque peu) et une attention au quotidien et aux scènes de genre explorant la vie la plus humble.